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COMPTEUR

INÉDIT: ITV SÉGOLÈNE ROYAL (22/11/06) #1/3

INÉDIT DE CAMPAGNE: SÉGOLÈNE ROYAL, PARTIE 1
Selon une enquête LH2 pour « Libération », les sympathisants de gauche considèrent que Ségolène Royal est celle qui incarne le mieux leurs « valeurs ». 41% sont de cet avis, 28% préfèrent Dominique Strauss Kahn, suivent loin derrière avec chacun 7%, Laurent Fabius, François Hollande et Arnaud Montebourg.
Comme titre libé du 22 mai 2007 « Royal, battue, mais toujours gagnante ».

Alors que la candidate reste loin des caméras depuis son échec à la présidentielle, nous avons jugé utile de diffuser l’intégralité d’une interview de celle qui venait d’être élue candidate du PS au mois de novembre dernier. Il lui restait encore six mois de campagne.
Voici la première partie de l’ITV qui sera découpée en trois épisodes, et publiée sur trois jours.

Après l’arrivée dans son bureau, qui est en fait celui de François Hollande qu’elle a squatté avant d’installer son QG de campagne au 282 boulevard Saint Germain, Ségolène Royale s’explique sur la conférence de presse improvisé dans le car de journalistes à Dakar. Pour mémoire, je m’étais fait copieusement engueulé sous prétexte de lui avoir coupé la parole.
Elle explique ensuite comment elle compte mettre du contenu à son projet.

Cette rencontre a eu lieu le 22 novembre 2006, et est inédite. ITV John Paul Lepers, images Henry Marquis, montage Joseph Haley.

 

LE JOUR DE GLOIRE, BANDE ANNONCE ET REDIF

Dimanche 20 mai 2007 Canal+ Décalé 09h00 Lundi 21 mai 2007 Canal+ Décalé 20h50 Lundi 21 mai 2007 Canal+ 22h30 Mardi 22 mai 2007 Canal Horizons 10h20

LE JOUR DE GLOIRE


Sgo_et_jp_2Pour ceux qui ont Canal+, je diffuse un doc sur la campagne, ce dimanche 13 mai, à 20H50, en crypté...

J'ai quitté Canal en décembre 2005. Depuis j'ai réalisé pas mal de projets qui me tenaient à coeur: Madâme en salle, puis en DVD, Le livre "Putain Votons" avec Thomas Bauder, et LaTeleLibre.fr avec mes potes! Voici mon retour sur Canal (tout va mieux...).

Un film subjectif, mais pas partisan, mais qui tente d'expliquer l'échec de Ségolène Royal, et comment Nicolas Sarkozy a été élu président.
La fin n'est pas triste, juste pour redonner du courage à ceux qui
se demandent bien ce qui va nous arriver...


DIMANCHE 13 MAI 2007
Diffusion du documentaire
« LE JOUR DE GLOIRE »
Carnet de campagne de la présidentielle 2007.
Un film de 90 minutes, signé John Paul Lepers et Jean-Sébastien Desbordes

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VOICI LA CRITIQUE DE LA JOURNALISTE DE L'AFP:
PARIS (AFP) - 11/05/2007 11h27

"Jour de gloire", un carnet de campagne instructif pimenté d'impertinence

Pendant 18 mois, le journaliste John Paul Lepers a suivi les principaux candidats à l'élection présidentielle: le documentaire "Le jour de gloire" est un carnet de campagne, instructif et pimenté d'une pointe d'impertinence.

Lors du voyage de Ségolène Royal au Chili en janvier 2006, John Paul Lepers - coréalisateur du film avec Jean-Sébastien Desbordes - décide de suivre celle qui n'est pas encore favorite mais dont la cote grimpe dans les sondages.

"Je voulais couvrir cette campagne afin de savoir comment les Français allaient réagir après avril 2002", explique-t-il à l'AFP. Avec son équipe, il décide de suivre les quatre principaux candidats pour pouvoir monter un film, à la fin, autour des deux finalistes.

En 90 minutes, "Le jour de gloire", diffusé le 13 mai sur Canal+, suit ainsi la montée de Ségolène Royal et les piétinements de sa campagne lors des dernières semaines, le fonctionnement bien huilé de la machine de guerre de Nicolas Sarkozy et la percée de François Bayrou.

Il montre également l'apparition de thèmes spécifiques à cette campagne, tels que l'autorité, la famille, le travail, la nation...

Mais aux images des meetings et des conférences de presse mille fois vues dans les journaux télévisés, les réalisateurs ont préféré les à-côtés: Mme Royal réprimandant les journalistes pour leur attitude envers son attachée de presse, ou la rencontre très animée entre M. Sarkozy et des habitants de banlieue, dans un local. Ils ont en revanche refusé de piéger les candidats avec des "images volées".

John Paul Lepers livre peu ses impressions dans le commentaire, mais tout au long du film il joue le rôle de la mouche du coche en s'accrochant aux candidats pour leur poser des questions faussement naïves, encore et encore malgré, souvent, l'absence de réponse.

Il obtiendra, pendant la campagne, des entretiens avec Jean-Marie Le Pen (auquel il demande s'il a le sentiment d'avoir aidé son pays), Ségolène Royal et François Bayrou.

"Je regrette de ne pas avoir eu d'interview avec Nicolas Sarkozy car cela manque au film", déclare l'auteur du documentaire. "Mais ce n'est pas pour cela qu'on ne doit pas faire un film car ce n'est pas à eux de décider".

Comme Serge Moati, qui a lui aussi filmé la campagne ("La prise de l'Elysée", diffusée le 7 mai sur France 3), John Paul Lepers souligne "le verrouillage" de la communication des candidats.

"Pour moi, la seule solution était de mettre le pied dans la porte et de poser des questions. Je suis un poseur de questions, pas un contemplatif", explique-t-il.

Instructif, parfois impertinent, "Le jour de gloire" n'est jamais moqueur. "Je n'ai pas la volonté de dénigrer la politique, mais de l'expliquer et d'y intéresser les Français. La République ne tient pas si nous ne sommes pas engagés en tant que citoyen", souligne ce journaliste spécialisé dans le suivi des personnalités politiques.

Frédérique PRIS
© 2007 AFP

<p>MAKING OF DU FILM.
Une discussion sur la fabrication et les choix éditoriaux du film avec Émilie Raffoul, qui dirige la case Lundi Investigation sur Canal+. Images Henry Marquis.

Voici les coulisses du doc, avant le doc....

Un making-of signé Joseph Haley, d'un reportage au QG de l'UDF chez François Bayrou, alors candidat. Dans l'image, à la caméra Henry Marquis, au son Matthieu Daude.

Première diffusion : Dimanche à 20H50

Rediffusions Canal+:
Mercredi 16 mai 2007   Canal Horizons   20h00
Jeudi 17 mai 2007   Canal+   02h00
Dimanche 20 mai 2007   Canal+ Décalé   09h00
Lundi 21 mai 2007   Canal+ Décalé   20h50
Lundi 21 mai 2007   Canal+   22h30
Mardi 22 mai 2007   Canal Horizons   10h20

Et pour les Belges, le jeudi 17 mai sur Betv.

ALLONS ENFANTS DE LA FRATRIE

Volo

J'ai reçu un très joli disque, avec une chanson de circonstance, pour ce vote du 6 mai 2007.

"Allons enfants" est chanté et joué par les frères VOLO, et est disponible gratuitement sur Myspace. Leur album sort à la fin du mois de mai.

CLIQUEZ CI-DESSOUS POUR ÉCOUTER "ALLONS ENFANTS"

Téléchargement 01_allons_enfants.mp3

QUI EST NICOLAS SARKOZY?

EXTRAIT DU LIVRE « PUTAIN VOTONS », John Paul Lepers et Thomas Bauder
Editions « PRIVÉ »

PORTRAIT

Au milieu des années 1950, un personnage d’écolier facétieux fait son apparition dans la presse française : le Petit Nicolas de Sempé et Goscinny. À peu près au même moment, le 28 janvier 1955, Nicolas, Paul, Stéphane Sarközy de Nagy-Bócsa voit le jour à Paris. Lui aussi, on l’appellera plus tard « le Petit Nicolas », non seulement parce qu’il n’est pas très grand, mais aussi pour bien marquer l’opposition avec celui qu’on surnomme « le Grand » : Jacques Chirac.
Nicolas naît dans une famille assez marginale pour l’époque. Son père, qui a fui son pays en 1944, est issu de l’aristocratie hongroise. Publicitaire le jour, mari volage le soir, il abandonne sa famille du jour au lendemain. La mère de Nicolas, Andrée, se retrouve seule avec trois garçons, Guillaume, François, le petit dernier, et Nico, qui n’a que cinq ans. La famille s’installe dans le XVIIe arrondissement à Paris, chez le grand-père maternel. Maman reprend ses études et deviendra avocate.
Enfant de la bourgeoisie gaulliste, Nicolas est, comme pas mal de gosses, perturbé par le départ de son père. Petit garçon turbulent, boudeur, il se bagarre souvent avec ses frères. Élève moyen, il devra même redoubler sa sixième. Alors que son père se remarie trois fois de suite, Nicolas refuse de le voir pendant trois ans.
En mai 68, il possède déjà des convictions gaullistes, mais, comme il n’a que treize ans, sa mère refuse qu’il aille manifester son soutien au général sur les Champs-Élysées.
En 1973 il obtient son bac et veut devenir avocat. À la fac de Nanterre, il côtoie les gauchistes, mais lui est de l’autre bord et adhère à l’UDR, le vieux parti gaulliste. « Un jour, je serai président de la République », confie-t-il à ses proches, stupéfaits. Charles Pasqua, baron de Jacques Chirac dans les Hauts-de-Seine, le prend sous son aile. En 1977, il impose Nicolas sur la liste municipale de Neuilly. Mais, six ans plus tard, Nicolas va le trahir en se faisant élire à sa place à la mairie de la ville la plus riche de France. Nous sommes en 1983. Nicolas Sarkozy a vingt-huit ans. Député à trente-trois ans, il sera réélu à chaque consultation.
En 1994, il prend le parti d’Édouard Balladur contre Jacques Chirac : c’est sa deuxième trahison. Raison invoquée : Chirac prône la rupture alors qu’il faut à la France de la continuité, incarnée par Édouard Balladur… Nicolas était le fils spirituel de Chirac, il est désormais surnommé « le petit Connard ». Aux élections européennes de 1999, la liste du RPR menée par Nicolas fait le score le plus bas de son histoire. Sur cet échec, Nicolas se retire de la vie politique pendant presque deux ans. À partir de 2001, Bernadette Chirac le fait revenir en prévision de la campagne présidentielle. Son énergie le rend indispensable à la majorité. En 2002, il est nommé ministre d’État, mais il gardera, violant ainsi la loi sur le cumul des mandats, la présidence du conseil général des Hauts-de-Seine.
Quant à sa vie privée avec Cécilia Ciganer-Albeniz, qu’il avait rencontrée alors qu’il était maire le jour de son mariage avec l’animateur de télévision Jacques Martin, elle a été médiatisée jusqu’en mai 2005, date de leur première séparation. De leur union est né un fils, Louis. Lors du sacre de Nicolas à la tête de l’UMP, le petit bonhomme était apparu dans un film à la gloire de son père. Il lui disait : « Bonne chance, papa ! ».


sarkozy page 107

TOUS LES JOURS EN SE RASANT
« Le problème de Nicolas, ce ne sont pas ces adversaires. Le problème de Nicolas, c’est Sarko. » Cette phrase ne m’a pas été dite par un ennemi du candidat UMP, mais par un de ses proches, qui le connaît bien et le voit presque tous les jours.
Hyperactif dans ses fonctions de ministre depuis maintenant presque cinq ans, omniprésent dans les médias, il est longtemps apparu comme le prochain président de la République, le seul qui pourrait répondre aux problèmes des Français. Dans beaucoup de réunions familiales, au café, au boulot, les discussions tournaient autour de ce prodige de la politique, qui agissait là où les autres baissaient les bras.
À l’UMP, il a très vite incarné une nouvelle fierté, celle d’oser revendiquer son appartenance à la droite ; enfin un responsable qui n’a plus honte et qui n’est pas non plus plombé par les affaires qui paralysèrent son camp pendant des années. Même si elles avaient fait « pschit ! », pour cause d’immunité présidentielle, les casseroles de Chirac étaient lourdes à porter. Même à gauche et chez les abstentionnistes, Nicolas Sarkozy recueillait au moins la curiosité qu’on accorde à celui qui fait ce qu’il dit. Pendant environ trois ans, celui qui y pensait « tous les jours en se rasant le matin » semblait invincible. Mais la fascination n’a qu’un temps, et son échec partagé au référendum sur la Constitution européenne a commencé à brouiller les cartes. Alors que Jacques Chirac tirait son épingle du jeu sur la politique internationale, Nicolas Sarkozy était confronté à son bilan moins spectaculaire qu’il ne l’avait tant annoncé. Et surtout « l’homme » est apparu ! Aux qualités de Nicolas se sont ajoutés les défauts de Sarko. Avec ses visites et ses déclarations intempestives en banlieue, le candidat est apparu agressif, véhément, en proie à une impulsivité qu’il ne contrôle pas. Le champion a commencé à inquiéter.

Sarko n’est pas un facho, comme certains, par facilité, essayent de nous le faire croire. Jamais dans ses discours ou ses actes politiques nous n’avons pu déceler le racisme ni la xénophobie. Certes Nicolas Sarkozy drague ouvertement les électeurs du Front national par ses déclarations au « Kärcher », certes ses attaques répétées contre les magistrats qui « ne mettent pas assez de délinquants en prison » le rangent dans la catégorie des démagogues qui, pour flatter le « bon sens populaire », simplifient volontairement des réalités qu’ils savent plus complexes… Il n’en reste pas moins un républicain particulièrement attaché, de par ses fonctions ministérielles, au respect de l’ordre ; et puis jusqu’ici il s’est montré soucieux, en tant qu’élu de la République, du respect de la volonté populaire exprimée par suffrage universel.
Au risque de choquer, et en premier l’intéressé lui-même, qui à longueur de discours fustige le « laxisme » issue des idées de 68, je dirai que Sarko est pour moi plutôt un « gauchiste de droite ». Oublions donc un instant le ministre de l’Intérieur, forcément du côté de l’ordre – c’est son boulot –, pour nous consacrer au bonhomme…
Comme les gauchistes de Mai 68, Sarkozy est un rebelle à l’autorité en place. Comme eux, il prône la rupture et prétend briser les tabous. « Il est interdit d’interdire », pourrait-il taguer sur les murs, lui qui estime ouvrir les débats que les autres, qu’ils qualifient de « conservateurs », ont jusque-là étouffés. « Jouir sans entrave », clamaient les baby-boomers qui en avaient assez d’une société qui considérait le plaisir comme un péché… Pour Nicolas, ce serait plutôt « réussir sans entrave », car la comparaison s’arrête là. Pour les utopistes du printemps de mai, il s’agissait de construire une société de l’amour et du partage ; Sarko, lui, c’est la société de la réussite individuelle, et la sienne en particulier, qu’il met en avant…

photo sarko
Photo : Matthieu Mouraud (droits reservés)


J’AI VU SARKO PRÉSIDENT

J’étais présent aux côtés de Nicolas Sarkozy la veille du jour où il fut élu président… de l’UMP. Le lendemain, le 28 novembre 2004, il allait être élu triomphalement au Bourget avec 85 % des voix des militants de l’UMP ; impossible alors de l’approcher. Le soir même, il avait voulu réunir les jeunes de son parti, avec Faudel en people jeune, deux ans avant Doc Gynéco. C’était à La Bodéga, une boîte de nuit sous le chapiteau d’un ancien cirque, en lisière du parc de Saint-Cloud, un rendez-vous habituel de la jeunesse dorée de l’ouest parisien. Au terme d’une enquête de trois mois sur l’étoile montante de la droite, j’ai eu, ce soir-là, l’occasion d’observer la bête politique à son zénith. Un Nicolas décrispé, sincère, presque transparent, en un mot : radieux. C’était juste avant ses déboires amoureux avec Cécilia.
Deux ou trois milliers de jeunes (un succès !) se pressaient autour de la piste ronde. Ils étaient tout excités à l’idée de toucher celui qui devait, à coup sûr, les mener à la victoire.
Nicolas était au centre de ce cercle, sous les projecteurs, devant toutes les télés. Henry Marquis était à la caméra et nous étions restés bloqués juste derrière Sarkozy, qui s’apprêtait à entamer un discours alors que les militants en délire scandaient : « Sarko PrÉsident ! »
Le problème, c’est que, vu la taille du leader, un mètre soixante-dix selon le ministère de l’Intérieur, en réalité un mètre soixante-huit sans les talonnettes, personne ne pouvait le voir. Une petite estrade avait bien été prévue, mais elle ne suffisait pas… Sarkozy eut alors l’idée de faire asseoir tout le monde. D’abord les photographes qui étaient juste devant, puis les jeunes : « Allez, essayez de vous asseoir », répétait-il en abaissant ses bras de haut en bas, « et jusqu’en bas », dit-il à ceux qui voulaient rester accroupis. Son épouse, Cécilia Sarkozy, fut une des premières à s’exécuter, et bientôt le calme s’installa sous le chapiteau de toile.
– Vous savez ce qu’on va faire ensemble ? On va rajeunir la vie politique française !
– Nicolas ! Nicolas !
La ferveur est palpable, l’image est étonnante. À 50 centimètres de l’objectif, Nicolas nous tourne le dos, et comme lui nous avons les projecteurs en plein dans les yeux. On voit bien sa main droite qui rythme ses paroles. Tout le reste de l’image, embué par la lumière des projecteurs, est rempli par des visages de jeunes disciples illuminés.
– Si vous voulez conquérir des galons, si vous voulez prendre des responsabilités, vous allez les gagner avec votre travail, par votre mérite et par vos efforts. Ce sont des valeurs républicaines et ce sont les nôtres !
– Nicolas ! Nicolas !
Cette fois, les jeunes sont en délire. Henry tourne sa caméra vers le bas. Ils sont là, agenouillés, comme en transe. Cécilia Sarkozy est au premier rang, par terre, elle tend son téléphone au-dessus de sa tête pour prendre une photo, et elle n’est pas la seule. Devant cette assistance, presque couchée au sol, Nicolas Sarkozy est enfin comme un géant. Des gouttes de sueur scintillent sur son visage en contre-jour. Son bonheur est immense.
– Moi aussi, j’ai été comme vous, un jeune qui n’avait pas de relations, il y a presque trente ans !
– NICE ! répondent quelques voix dans la salle.
Les jeunes militants connaissent par cœur la carrière politique de leur mentor. C’était effectivement à Nice, le 15 juin 1975, sa première heure de gloire. En tant que délégué des jeunes de l’UDR dans les Hauts-de-Seine, il était invité à prendre la parole dans un meeting. « C’est toi, Sarkozy ? », lui demande un certain Jacques Chirac, « tu as cinq minutes ? » Il n’a que vingt ans, et déjà l’ambitieux Nicolas ne va pas obéir. Il va tenir la tribune pendant vingt longues minutes et il ne pourra s’arrêter que devant un tonnerre d’applaudissements. Des instants de plaisir intense, dont il reparle encore aujourd’hui avec émotion. Ce soir-là, à La Bodéga, Nicolas Sarkozy revoit sans doute tout le film de sa vie politique.

– J’ai besoin de jeunes libres ! Pas des jeunes à qui on explique ce qu’ils doivent penser, je ne veux pas que vous soyez prisonniers, y compris de ce que je pense moi-même ! Mes chers amis, je compte sur vous ! Merci !
– Nicolas PrÉsident !
Demander aux jeunes militants l’autonomie intellectuelle et politique vis-à-vis de leur idole et nouveau leader, voilà qui ne manquait pas de sel ! Car la famille gaulliste, depuis l’époque du général jusqu’à Jacques Chirac, s’est toujours constituée en suivant un « chef ». Mais peut-être le jeune militant de Neuilly en avait-il souffert. En tout cas, sur ce point-là comme sur d’autres, il marquait sa différence, peut-être même son humanité, de toute façon son intelligence. Mais, manifestement, les jeunes de l’UMP n’avaient pas ce soir-là entendu cette phrase si étonnante. Non, ce qu’ils voulaient tous, c’était voir et aussi toucher leur nouveau gourou, celui qui allait les amener à la victoire.

Sous les ovations, Nicolas Sarkozy descend alors de son petit piédestal. Voici maintenant les bousculades, les poignées de main et les embrassades ; et puis les sourires et les « merci », dont il est un spécialiste : « merci beaucoup », « merci, c’est gentil d’être venu », et surtout le « merci, hein ! », qui lui est si particulier. Une jeune fille, elle aussi en sueur, lui tend un livre et un stylo. C’est son dernier ouvrage à l’époque : La République, les Religions, l’Espérance.
– C’est grâce à vous que j’ai rejoint l’UMP, lui confit-elle dans un sourire rougissant.
– Merci, merci beaucoup !
Je sors mon micro :
– Ce sont vos nouveaux fidèles, ces jeunes ?
– Ils sont libres, ils sont formidables ! Merci à vous tous !
La ferveur militante dépasse le simple cadre de la raison politique. Et Nicolas Sarkozy le sait bien, lui qui plusieurs fois après cette soirée me fera en complément cette réponse définitive : « Je ne dirige pas une secte. » Une dénégation intéressante quand on la rapporte à la certaine clémence dont a bénéficié l’église de scientologie – c’est sa représentante française qui le reconnaît – de la part du ministère de l’Intérieur et des Cultes depuis que Sarkozy en a pris la tête. N’oublions pas non plus l’admiration de Nicolas Sarkozy pour le célèbre acteur américain Tom Cruise, VRP de la scientologie s’il en est…
Pas bête, Nicolas Sarkozy sait que son rapport à la religion m’intéresse. « Et alors, il serait interdit de parler de religion quand on fait de la politique ? », répond l’intéressé, en renvoyant, comme à chaque fois qu’il est en difficulté, une question au journaliste qui lui fait face.
Car c’est à l’époque la première fois qu’un homme politique parle ainsi de l’intime de l’individu, de ses craintes existentielles, de sa mort, et ce par-delà son action politique en faveur de l’intégration de l’islam. Mais pourquoi parle-t-il ainsi de Dieu ? Celui qui se débrouille pour serrer la main de George Bush devant un photographe suivrait-il les leçons de son nouvel ami de la Maison-Blanche ? On sait que Bush fait souvent appel à son Dieu pour l’aider dans sa politique, il ne s’en cache pas. C’est d’ailleurs un argument électoral, qui lui a sans doute donné la victoire pour son deuxième mandat. Face aux dangers du monde, il y avait Dieu et Bush. C’est pas mal quand les électeurs ont peur. Nicolas Sarkozy s’en défend, bien sûr, mais une fois je l’ai vu tomber dans cette dérive dangereuse.
La scène se déroule le 5 novembre 2004, lors du baptême d’un navire méthanier (transport de gaz liquide) sur les Chantiers de l’Atlantique à Saint-Nazaire. Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Économie et des Finances, est fier d’inaugurer le méthanier Energy, un nom anglo-saxon pour un fleuron de l’industrie française, en compagnie des élus de la région, du P-DG d’Alsthom et de la marraine du cargo, la sprinteuse Muriel Hurtis. Au moment où le prêtre termine sa bénédiction (c’est une tradition), qui est censée porter bonheur au bateau et aux marins, Nicolas Sarkozy, ministre d’État, spontanément fait le signe de la croix, sur son front, son sternum et ses épaules. Un choc ! Jamais un élu de la République de ce niveau-là ne s’était signé en public, sachant en plus qu’une dizaine de caméras le filmaient. Ce jour-là, Sarkozy venait de briser le tabou de la laïcité et de la séparation de l’Église et de l’État.

– Sarkozy PrÉsident ! Sarkozy PrÉsident !
Sous le chapiteau, les ovations du jeune public sont bientôt couvertes par la musique. De fait, Sarkozy est déjà Président, et il est aux anges. Il fend la foule et parvient péniblement à s’extraire du chapiteau chauffé à blanc, pour rejoindre la salle de presse.
Le président de l’UMP s’est installé sur une banquette de molesquine au fond de la salle. Très vite, les journalistes se placent à ses côtés. Autant entendre ce qu’il va dire… Nous sommes une bonne trentaine. Je parviens à me caser juste derrière lui, à 10 centimètres. Je suis toujours derrière, et cette fois je vois bien mes consœurs et confrères qui cherchent le regard du responsable politique. Ce n’est pas la ferveur de tout à l’heure, mais les regards sont quand même lumineux. Cette proximité est le plus souvent réservée à quelques journalistes triés sur le volet. Sarkozy est calme, reposé, il parle avec un large sourire. Il a le teint clair, les joues pleines, l’œil vif. Je ne l’ai jamais revu aussi détendu depuis.
– À ce jour, nous avons quatre cent douze parlementaires inscrits, et on a passé tout à l’heure les six cents journalistes accrédités. Il faut dire qu’il y a beaucoup de suspense dans ce congrès…
Il rit de bon cœur de sa blague, et tout le monde avec lui. Avec une gourmandise évidente, il nous détaille le menu de la fête du lendemain, au Bourget – « Le sacre de Sarkozy », va titrer la presse.
– Vraiment, c’est magnifique ! Il y aura une petite surprise pour les militants, ils repartiront avec mon discours. Ce congrès va être un succès, contrairement à ce que vous disiez il y a quelque temps. Je me souviens d’un article de Bruno [un journaliste du Parisien], où il disait : « Vraiment, ce Sarkozy est banalisé, ça n’intéressera plus personne. »
Il rit encore.
– On va essayer de faire quelque chose dont les gens se souviendront. À la fois moderne et simple. Moderne, très moderne. Vous verrez, à la fin, j’espère que ce sera beau…
Il marque un temps, comme dans un rêve, puis se reprend :
– Bon, je suis assez heureux, pour tout dire !
À cette époque, deux ans et demi après la présidentielle de 2002, et autant avant la suivante, Nicolas Sarkozy est au faîte de sa gloire. Omniprésent sur le terrain, l’homme agit tous azimuts et occupe l’ensemble de l’espace médiatique. Rien ni personne ne semble pouvoir lui résister, à droite comme à gauche. Depuis, les choses ont changé. À gauche, son bilan est contesté, notamment sur les chiffres de l’insécurité ; à droite, c’est sa « rupture » avec la tradition gaulliste et chiraquienne qui inquiète certains, autant que son libéralisme économique.

Je pose une question.
– C’est votre fête ?
– Mais non, il ne s’agit pas de ça, ce n’est pas ma fête, me répond-il agacé. Il ne s’agit pas de faire le parti de Nicolas Sarkozy, ça n’a pas de sens.
Désolé. Pourtant, personne n’est dupe. Il vient de s’emparer du parti unique de la droite, la machine de guerre imaginée par Juppé et Chirac : l’UMP, qui doit lui servir à conquérir le pouvoir. D’ailleurs, il reparle tout de suite de sa propre personne.
– Je vais passer une nouvelle étape de ma vie politique, qui est une étape où je dois rassembler. Tout l’enjeu et le vrai défi pour moi, c’est d’être libre et en même temps responsable. Et j’étais très intéressé de voir le sondage du Figaro. C’est tout à fait à contre-image des codes de la vie politique actuelle. [80 % des gens disent qu’il doit rester libre.] Voilà, j’ai voulu partager ce moment, vous avez compris que ce n’était pas une conférence de presse. Pour moi, c’est magnifique !
– C’est tout du off ?
Une journaliste vérifie si elle peut écrire ce qu’elle vient d’entendre.
– Oh, tu parles, et puis je m’en fous. Je vais vous dire une chose, je m’en fous.
– Parce que ce n’est pas moderne ?
– Non, ce n’est pas ça, c’est parce que je pense que la vie politique… Si moi, j’arrive à faire la différence, c’est parce que les gens, ils disent : « Il dit ce qu’il pense. » Vous savez, l’émission de TF1 que j’ai faite, là, mercredi. On commence à 8,2 millions de téléspectateurs, on termine à 9 millions et demi. Ce n’est pas une question d’arrogance, c’est une question d’authenticité. Regardez les jeunes qui sont là, ils savent qu’il va se passer quelque chose demain. Ils viennent là parce qu’il se passe quelque chose. Les partis politiques ont oublié que, quand il n’y avait plus de vie, il n’y avait plus de gens. Bon, alors, j’ai commis des erreurs, je me suis trompé, j’étais à terre, mais j’ai toujours été sincère dans ce que j’ai voulu faire. Ils savent qu’il y a quelque chose qui va se passer… Et vous aussi, sinon vous ne viendriez pas. Il n’y a pas un journaliste qui dit : « Ah, la barbe, demain il y a le congrès de l’UMP ! »
Ça y est, il a fini. La fausse vraie conférence de presse a duré environ dix minutes et la plupart du temps Sarkozy n’a parlé que de lui. Il s’est levé. L’opération de séduction continue, mais en plus intime cette fois. Nicolas prend congé des journalistes les plus influents ou de ceux qu’il préfère. Il demande des nouvelles, les tutoie et les remercie d’être venus.
– Merci, hein ! C’est magnifique, hein ?… Où est ma femme ?… C’est magnifique, non ?
Il embrasse une blonde qui passait par là pour le féliciter.
– C’est magnifique, non ?… Où est ma femme ?
Elle est juste là, elle termine une interview en anglais pour la BBC. Nicolas la félicite pour son excellent anglais. Ce sont parmi les dernières images du couple avant la tempête. Cécilia a déjà rencontré Richard Attias, un des organisateurs de la fête du lendemain au Bourget ; plus tard, on les verra en une de Paris-Match, en amoureux à New York.
Mais jusqu’ici tout va bien.
Demain la cérémonie sera grandiose et la famille Sarkozy sera à l’honneur. Il paraît que c’est moderne de vendre sa famille en politique. Même leur fils Louis sera mis à contribution. Sur une dizaine d’écrans géants, le petit Louis s’adressera à son père et à la France entière à travers les télévisions qui reprendront l’image : « Bonne chance, papa ! » Un nouveau tabou est brisé. Mais, à sept ans, le fils n’a pas pu vraiment donner son avis, et ce n’est pas la première fois qu’il aura été utilisé par son père pour construire son image politique.

LIRE LA SUITE DANS "COMMENTAIRES", CI-DESSOUS.

QUI EST SÉGOLÈNE ROYAL?

EXTRAIT DU LIVRE « PUTAIN VOTONS »,
John Paul Lepers et Thomas Bauder
Editions « PRIVÉ »

Dans cette dernière ligne droite, avant le second tour, je vous propose deux extraits de "Putain Votons", le petit précis politique à l'usage du citoyen que j'ai commis avec Thomas Bauder. Il est encore en vente, et pour les élections législatives, il pourra encore vous être utile...
Mais voici en cadeau citoyen le chapitre concernant Ségolène Royal, demain Nicolas Sarkozy.

Crédit photos: Mathieu Mouraud

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PORTRAIT

Qu’on la soutienne ou pas, c’est par son prénom qu’on l’appelle le plus souvent. Un prénom tronqué, car le véritable état civil de la candidate socialiste, ce n’est pas Ségolène mais Marie-Ségolène Royal.
Marie-Ségolène, ça sent bon la jupe plissée, les cols Claudine, la messe le dimanche et le respect des valeurs familiales ! En effet, Marie-Ségolène est la quatrième d’une fratrie de huit enfants ! Un père militaire, lieutenant-colonel nostalgique de la « grandeur de la France » qui n’acceptera jamais la perte de l’Indochine, encore moins celle de l’Algérie, sévère avec ses fils destinés à la carrière militaire, indifférent à ses filles promises à devenir des épouses modèles…
Née à Dakar, dans un Sénégal encore sous domination française, elle passe ses premières années sous le soleil africain, puis antillais. Les maisons sont grandes, de style colonial, avec boys locaux… Plus tard, mère de quatre enfants, elle pourra poursuivre sa carrière politique, notamment grâce aux bons soins de la nounou antillaise installée à demeure et qui élèvera sa progéniture…
La vie est dure chez les Royal, même si la famille, revenue en France à Chamagne, dans les Vosges, vit confortablement dans une maison de dix pièces avec téléviseur et machine à laver. Un luxe pour l’époque. À côté de ça, les chambres ne sont pas chauffées et la toilette quotidienne se fait à l’eau froide… Ce n’est rien comparé aux valeurs, glaciales, inculquées par le père : ordre, discipline, honneur. Un peu comme à l’armée, quoi. Résultat, Marie-Ségolène cherchera à fuir la maison le plus rapidement possible. Mais, plutôt que de prendre la voie du mariage, elle préférera celle des études, et en bonne lectrice de la papesse du féminisme français, Simone de Beauvoir, recherchera l’autonomie financière pour asseoir son indépendance. Aussi choisira-t-elle la gauche, non tant par conviction que par réaction à cette droite incarnée par ce père honni… La suite, on la connaît. Paris, Sciences po, l’ENA, qu’elle passe deux fois avant d’y être admise, et la rencontre avec un gentil garçon, intelligent, jovial et tolérant : François Hollande, qui, au cabinet de Jacques Attali, la fera rentrer à l’Élysée. Pour la première fois ?…


SÉGOLÈNE AU CHILI

Ce samedi 7 janvier 2006, Ségolène a eu du nez, elle est en route pour l’Amérique du Sud afin d’aller soutenir Michelle Bachelet, celle qui sera élue une semaine plus tard présidente de la république du Chili. Le PS lui a acheté un billet en classe économique, mais, à Roissy, le chef d’escale de la Varig, une compagnie brésilienne, l’a gentiment surclassée en business ; Ségolène est déjà une vedette. Deux jours plus tôt, un sondage du Figaro Magazine l’a placée pour la première fois en tête de toutes les personnalités politiques, de droite comme de gauche, avec 49 % d'opinions favorables. Elle devance de Villepin, Kouchner et Sarkozy, qui, lui, enregistre une baisse de neuf points. En ce début d’année, le vent semble tourner.
La petite délégation française fait une escale à l’aéroport de São Paolo, au Brésil. La dizaine de journalistes qui l’accompagne est admise dans le salon VIP mis à disposition par la compagnie. Nous avons deux heures avant le départ pour Santiago du Chili. Patrick Menucci se précipite vers un ordinateur connecté à Internet : un autre sondage du Journal du dimanche, qui paraît le lendemain, est annoncé. Le vice-président de la région PACA a été désigné un peu par hasard par le Parti socialiste pour gérer le déplacement. Jusque-là, il n’était pas particulièrement proche de la présidente de la Région Poitou-Charentes, mais ce soir-là il choisit son cheval pour la présidentielle, ce sera Ségolène. Il vient de trouver la page sur Internet.
– Écoutez ça : « Plus de la moitié des Français, 53 %, estiment que Ségolène Royal a la stature d’un président de la République, selon un sondage IFOP. » Elle dépasse tous les autres, 39 % pour DSK, 36 pour Lang et 31 pour Fafa. Hollande, 21 %...
Menucci n’en revient pas. Mme Royal n’a pas entendu, elle est concentrée sur son téléphone, un peu à l’écart. Elle tient sa main devant la bouche, je la filme de loin. Un peu plus tard, j’apprendrai qu’elle est en communication avec son compagnon François Hollande. Il lui annonce un autre sondage très favorable, qui sera publié le lendemain dans Le Parisien Dimanche et qui la place encore largement en tête des candidats socialistes.

L’image est étonnante : la favorite des sondages, qui voit ses rêves de conquête du pouvoir décoller, assise près d’un superbe piano à queue et, derrière elle, une immense photo d’un avion qui justement décolle, le ciel orangé constellé d’étoiles lumineuses. La Royal en route vers le zénith ? Un photographe de Paris-Match vient d’arriver à mes côtés. Il tente la photo, mais, s’apercevant qu’elle est observée, Ségolène se lève et part s’isoler dans un salon particulier.
En quelques minutes, ce voyage a pris une tournure particulière. Trois sondages, coup sur coup, qui peuvent changer la donne. Très vite, les journalistes sollicitent une réaction, ils peuvent envoyer leur son ou une dépêche à leur rédaction. Mais Ségolène Royal, comme si elle avait déjà préparé de longue date le moment où sa chance viendrait, ne voudra rien déclarer sur le sujet.
– Pas question pour moi de commenter la politique française à l’étranger !
On croirait entendre Chirac en déplacement officiel. Ça y est, elle se prend déjà pour la présidente de la République. Ça promet !
Lors de la deuxième étape du vol de São Paolo vers le Chili, il n’y aura pas de classe affaires. Au-dessus de la cordillère des Andes, Mme Royal acceptera de parler, mais en off, à des consœurs journalistes. Elle évoquera son avenir et ses craintes : que les « éléphants » du PS ne se liguent contre elle autour de Lionel Jospin, qui à l’époque n’avait pas encore déclaré sa volonté de revenir en politique. Arrivée à l’hôtel, elle menacera sèchement celles qui avaient eu le privilège de ses confidences :
– Attention ! Il n’est pas question de raconter ce que je vous ai dit, sinon je ne vous donnerai rien d’autre. Ce serait mauvais dans le contexte…
Le « contexte », c’est qu’elle va devenir de plus en plus importante, et les rédacteurs en chef vont demander du Ségo alors qu’elle sera moins facile à approcher pour les reporters. C’est elle qui choisira dorénavant, il ne faut donc pas se fâcher avec elle.
Au bout de trois jours de voyage, alors que les autres journalistes seront en train d’envoyer leurs papiers à Paris, elle m’accordera enfin quelques minutes. Autour de nous l’ambiance est festive. La caravane de campagne de Bachelet fraye son chemin dans la foule de ce quartier populaire d’une ville de pêcheurs au sud de la capitale, Santiago. Ségolène est particulièrement attentive aux techniques locales de campagne. « La Michelle », comme on dit ici, est debout, juchée à la proue d’un gros pick-up, entourée de solides gardes du corps. Pendant toute la journée, elle a ainsi parcouru plusieurs agglomérations de la zone portuaire, traversant les banlieues pour saluer les habitants regroupés aux fenêtres et le long des routes, s’arrêtant dans les centres-villes pour prononcer un discours, en utilisant son véhicule comme une tribune mobile. Pratique, efficace et pas cher.
– C’est bien, cette caravane, ça me donne des idées !
Je sens que j’ai une ouverture, je sors ma caméra, mais attention, la consigne est toujours de ne pas parler de politique française, sinon elle se fâche. Je ruse en tentant la comparaison entre les deux femmes.
– Madame Royal, c’est quoi votre principal point commun avec Michelle Bachelet ?
– C’est la sérénité. Elle disait que, si elle était la mieux placée, elle irait et, sinon, qu’elle n’irait pas. C’est pas mal !
– Comme pour vous, ce sont les sondages qui l’ont amenée à être candidate.
– Oui, c’est vrai.
– Et puis, vous êtes toutes deux filles de militaire.
– Oui, nous sommes héritières d’une forme d’éducation.
– Elle ne voulait pas faire de politique. Qu’est-ce qui l’a poussée, à votre avis ?
– Elle était la plus populaire. Et puis, elle a peut-être réagi à la mondialisation de la bêtise machiste. Ceux qui résistent, qui disent : « Elle n’a pas la carrure, elle n’est pas capable. » C’est même arrivé à des hommes. Quand je pense à Alain Duhamel, avec ses critiques, je note qu’il avait exactement les mêmes à l’égard de François Mitterrand en 1981 quand il soutenait Giscard.
– Sur le fait qu’il n’y connaissait rien en économie ?
– Voilà !
– Mais c’est vrai, vous n’y connaissez rien, vous non plus…
– C’est faux ! Ce que j’entends sur moi, c’est exactement ce qu’il disait sur François Mitterrand : « Il n’y connaît rien en économie, il n’est pas digne de représenter la France à l’étranger. » Mais, en même temps, c’est bon signe !

Et hop ! c’est Mme Royal qui a évoqué toute seule les questions françaises ! Faut dire qu’elle avait une dent contre Alain Duhamel, qui venait tout juste de publier Les Prétendants 2007, dans lequel il avait « volontairement », dira-t-il, oublié la personne de Ségolène Royal. Je ne fanfaronnerai pas : dans ce petit livre, Thomas et moi ne sommes pas à l’abri d’un oubli ni d’une grosse bourde ! Mais, dans ce cas, nous ne dirons pas qu’on l’a fait exprès…
Ce voyage est clairement le point de départ de la campagne victorieuse de « la Zapatera », surnom qui lui fut donné juste après l’élection de José Luis Zapatero, le Premier ministre espagnol, pour l’investiture du Parti socialiste, et au-delà pour la présidentielle. En même temps qu’elle entame la construction de son image internationale, elle pratique sa technique habituelle qui va lui réussir à merveille dans les mois qui suivent : jouer perso et surtout ne pas faire comme les autres, c’est une des constantes de sa stratégie politique. Alors qu’en ce début d’année tous les responsables historiques du Parti socialiste se pressent sous leurs parapluies à Jarnac autour de la tombe de François Mitterrand, Ségolène Royal, rayonnante, embrasse Michelle Bachelet et Isabel, la fille de Salvador Allende, sous le soleil brûlant de l’été austral chilien. La success story est commencée.
– François Mitterrand aurait fait comme moi ! crânera-t-elle.
Alors que certains au PS, comme Lionel Jospin, réclameront le « droit d’inventaire » des deux septennats de Mitterrand, Ségolène Royal ne reniera jamais l’héritage de l’ancien Président. Recrutée comme conseillère à l’Élysée, avec François Hollande et Jean-Louis Bianco, par Jacques Attali en 1981, alors qu’elle n’a que vingt-huit ans, elle lui doit beaucoup. Et c’est sans doute en observant les techniques de vieux singe du monarque républicain qu’elle est devenue un fin stratège de la politique. Comme lui, ses origines familiales sont de droite, comme lui, elle s’est imposée à la hussarde au Parti socialiste et, comme lui, elle aime le pouvoir.

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« LA ZAPATERREUR »

Pendant trois mois, au printemps 2005, je réalisais un documentaire sur la présidente de la Région Poitou-Charentes. Contrairement à Nicolas Sarkozy et à Bernadette Chirac, dont j’avais fait le portrait la même année, Ségolène Royal accepta de me rencontrer régulièrement et d’ouvrir les portes de l’hôtel de Région. Si, de l’avis quasi général, elle tenait ses promesses de campagne, la vie quotidienne s’avérait très pénible pour ses adversaires politiques, mais aussi pour certains membres de son propre camp. Très vite, « Zapatera » va se transformer en « Zapaterreur », un sobriquet suggéré par la presse régionale et qui va lui coller à la peau. Je me souviens de cette dame, fraîchement élue de la Région, une mère de famille sans étiquette arrivée là un peu grâce à la parité et qui se retrouvait dans l’opposition. Elle me déclara son sentiment avec une grande sincérité.
– Quand j’ai su que c’était elle qui avait gagné, j’ai été gênée. Je me suis demandé comment j’allais faire pour m’opposer à elle alors que je la trouvais très bien. Eh bien, monsieur, je n’ai eu aucun mal et je suis très déçue, elle ne respecte pas l’opposition !
C’est vrai qu’en séance du conseil régional elle fait tout sauf écouter ses adversaires politiques.
À gauche, difficile de convaincre un élu de s’exprimer devant la caméra, mais, en off, certains socialistes me confiaient leur exaspération devant « les méthodes autoritaires » dans les prises de décisions et le souci constant, presque obsessionnel, d’apparaître dans les médias. Marie Legrand, vice-présidente verte de la Région, élue de la majorité, donc, mais moins exposée que ses collègues socialistes, accepta de répondre à mes questions ouvertement.
– La présidente travaille de manière solitaire. Nous n’avons en tant qu’élus aucune délégation de signature, donc tous les courriers sont centralisés sur le bureau de la présidente. Nous sommes sous-utilisés, elle a du mal à tenir compte de l’opinion de plusieurs personnes pour se forger la sienne. Moi, je pense que c’est important de s’appuyer sur les autres. Peut-être a-t-elle un manque de confiance envers les autres.
– Elle m’a dit une fois : « Je sais déléguer, mais je contrôle tout. »
– Alors… Elle ne sait pas déléguer, mais elle contrôle tout !
À force, la rumeur va courir la Région, jusqu’à devenir encombrante pour Ségolène Royal. Son sourire devant les caméras ne serait qu’une façade, la dame de fer se cacherait derrière son regard de velours. Lors du meeting anniversaire de son arrivée à la tête de la Région, la présidente va prendre la peine d’y répondre :
– J’entends dire de moi que je serais autoritaire… Mais, quand un homme fait la même chose, on dit qu’il fait preuve de caractère ! Alors j’assume !
L’argument n’est pas faux, mais bien pratique pour botter en touche. En fait, cette prise de pouvoir à la hussarde est une stratégie mûrement réfléchie. À son arrivée à la tête de la Région, Ségolène a systématiquement mis en difficulté les élites de gauche comme de droite pour se rapprocher du peuple, ses électeurs. Pour « faire des économies », elle a d’abord troqué la Vel Satis de Raffarin pour une Laguna ; ensuite, et coup sur coup, elle a désengagé la Région du parc du Futuroscope, symbole de la réussite de Poitiers, elle a coupé des subventions à certaines associations sous le prétexte qu’elles n’avaient pas mis le logo « Poitou-Charentes » sur leurs prospectus, menacé les patrons de ne plus bénéficier du soutien de la Région et isolé certains notables confortablement installés. À l’inverse, elle s’est efforcée de développer le tourisme rural, de valoriser les petites initiatives économiques et elle s’est rapprochée de la jeunesse en appliquant la démocratie participative dans les lycées. Chaque fois, elle a pris soin de médiatiser largement toutes ses actions, des plus grandes aux plus modestes. Au terme de mon enquête en 2005, j’avais rencontré « la Zapaterreur » pour un long entretien, elle avait répondu franchement à mes questions sur sa conception de l’exercice du pouvoir.

– « La Zapaterreur », ça vous va, comme surnom ?
– Oui, il n’y a que ceux qui ne font rien qui ne sont pas critiqués.
– Il faut faire peur pour être élu ?
– Non, mais pour exercer les responsabilités il faut être un peu craint, oui. L’autorité, c’est être craint.
– Quand vous êtes arrivée à la Région, vous avez organisé ça ? Pour vous faire respecter ?
– Oui, bien sûr. Bon, je me suis dit : « Je suis une femme, ils vont faire un peu n’importe quoi… » Oui, j’ai organisé ça… Des règles.
– Vous voulez dire qu’une femme doit être plus carrée ?
– Oui.
– Il faut qu’elle s’impose plus ?
– Oui. Il faut que l’autorité soit sans faiblesse, sans ambiguïté, disons.
– Donc vous avez fait table rase dans votre Région ?
– Non, pas table rase, j’ai remis à plat, oui. J’ai cherché à comprendre les choses. C’est normal, c’est moi qui aurai des comptes à rendre aux électeurs.
Comme avait dit Pierre Bourdieu dans sa vidéo posthume, diffusée sur le Net par Pierre Carles, Ségolène parle comme une femme de droite quand elle affirme que « l’autorité, c’est être craint ». À gauche, on privilégie plutôt l’autorité par délégation de pouvoir obtenue à l’issue d’un vote, donc pour un temps donné et révocable.
– Vous êtes un peu comme Nicolas Sarkozy : une action, un jour, un média. Vous n’agissez jamais sans penser à la communication. Même à gauche, on vous reproche votre action médiatique.
– Mais non, c’est important, ça fait partie de la pédagogie.
– Quand vous avez une action, vous pensez aux médias ?
– Je pense à le faire savoir, connaître. Pas à chaque fois. Mais ça valorise l’action politique.
– Ça vous valorise, vous ?
– Oui, mais moi, je suis valorisée parce que j’ai été élue. Ma responsabilité, c’est de faire des choses et de les faire connaître. Les gens savent que j’agis. J’ai une mission, je la remplis, c’est très militaire : mission, action, réaction !
– C’est un peu grâce à votre papa qui était militaire ?
– Pourquoi pas ? On a une mission, on la remplit, on rend compte, c’est assez simple. Donc, dans le fait de rendre compte, il y a une partie pour le faire savoir, sinon la mission n’est pas achevée.
Habituée jusque-là au travail ministériel avec une équipe qu’elle choisit, et donc à sa disposition, Ségolène Royal semble avoir fait des efforts pour respecter les élus de l’assemblée régionale. J’ai revu la vice-présidente verte, Marie Legrand, à Poitiers en novembre 2006 ; pour elle, la situation s’était améliorée et elle n’avait plus à se plaindre de l’attitude de la présidente. Mais son influence grandissante au niveau national peut aussi avoir fait taire les critiques depuis mon enquête début 2005 en région Poitou-Charentes, on ne sait jamais…

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DÉBAT ROYAL-BAYROU

Voici dans son intégralité (10 minutes de retard compris), et en bonne qualité vidéo, le débat (finalement organisé par BFM TV), qui a réuni Ségolène Royal et François Bayrou, samedi 28 avril 2007.

Veuillez excusez mon absence ces derniers jours, je suis en montage avec Jean-Sebastien Desbordes du documentaire sur la campagne présidentiellle qui sera difffusé sur Canal+, le dimanche 13 mai à 20H50.

Pour une plus grande image, cliquez sur l'icone "Plein écran", ci-dessus. Une fois la vidéo téléchargée, vous pouvez également naviguer dans l'émission.

22 AVRIL : PAS DE COMMENTAIRES, VOTEZ!

Pour cette journée de scrutin, les commentaires de ce blog sont bloqués...
Merci de votre compréhension.
Votez bleu, votez blanc, votez rouge, mais putain, votez!
John Paul.

21 AVRIL...

Souvenez-vous, un certain dimanche 21 avril 2002, il faisait beau, plus de 11 millions de citoyens ne sont pas allé voter.
INSCRITS:         41 194 689
VOTANTS:         29 495 733
EXPRIMÉS:          28 498 471
BLANCS, NULS:      997 262

ABSTENTIONS:  11 698 956

VOICI UNE PHOTO QUE J'AI PRISE DANS L'ISOLOIR, LE 5 MAI SUIVANT...Lepenchirac_2002

CE SOIR A PARTIR DE 19H00, rediffusion des émissions "Abstention Zéro" sur LCP,La Chaine Parlementaire.

TÉLÉLIBRE OU TÉLÉ CEAUSESCU ?

ÉNORME!

Seuls Canal+ et LaTéléLibre étaient présents lors de la sortie de Nicolas Sarkozy en banlieue, vendredi 13 avril près de Meaux. Les grandes chaînes avaient été tenues soigneusement à l'écart de cet évènement.  Par contre, la télé de Nicolas Sarkozy (NSTV), était présente... Je vous propose de regarder le "reportage" qu'ils ont réalisé. J'ai mis du temps à me décider à écrire les lignes qui suivent, de peur de vous effrayer. Je pèse mes mots:

Avec ce reportage intitulé "Rencontre en banlieue dans le quartier Beauval de Meaux", nous sommes, je suis obligé de le dire, dans la grande tradition de la télévision soviétique des pires années Brejnev, ou de la télé de Nicolae Ceausescu. Pas de son direct, juste une image prétexte avec un commentaire dicté par le service de propagande.

Celui qui a réussi à faire virer Alain Genestar de Match et à mettre au pilon un livre sur sa femme Cécilia, sans compter les menaces contre la direction de France 3 et de nombreux journalistes, propose sur son site une compte-rendu de sa visite à, Meaux qui fait froid dans le dos. Regardez l'information signée NSTV, disponible sur Sarkozy.fr, (si quelqu'un a le nom de ce "journaliste", qu'il le donne!). MODIF DU MARDI 17 : Il s'agit de François de la Brosse, un publicitaire de 54 ans, proche ami du couple Sarkozy, qui a évincé les autres communiquants au mois de janvier dernier. Voir infos en bas.

Puis je vous propose un article et un reportage de LaTéléLibre, signé Allan Rothschild, journaliste subjectif certes, mais indépendant. A vous de choisir...


CI-DESSOUS, SUJET LATÉLÉLIBRE.FR

DOCUMENT. Il fallait absolument que Nicolas Sarkozy fasse un saut en banlieue avant le premier tour. C’est fait, mais ça a failli ne pas se faire. Le vendredi 13 avril 2007, entre 18h30 et 19h30, il s’est rendu une heure à la cité Beauval dans la ville de Meaux pour y rencontrer des associations de jeunes. La rumeur de sa venue circulait depuis de nombreux jours, le canard enchainé avait même fait une brève dans son édition du 11 avril dernier. Un mystérieux informateur se revendiquant être un membre déçu du QG de Nicolas Sarkozy nous avait même envoyé un mail le 12 avril nous demandant de nous rendre là-bas à 15 heures, le vendredi 13, pour assister à la préparation. La venue de Nicolas Sarkozy étant programmée pour 17 heures. Il faut savoir que le candidat de l’UMP avait un meeting avec Jean-François Copé, dans cette même ville de Meaux à 18h30. Nous nous y sommes donc rendus à l’heure dite et effectivement, au regard du nombre de policiers, de tireurs d’élité et d’officiels présents, il se tramait quelque chose. Notre arrivée sur les lieux a surpris. Nicolas Sarkozy désirait sans doute faire une visite, préparée par Rachida Dati, loin des caméras, tout dérapage pouvant entrainer des conséquences éléctorales difficiles à évaluer. Mais c’était raté. Du coup, personne ne confirmait son éventuelle venue. Certains membres des associations invitées nous indiquait même vers 17 heures 30, que Nicolas Sarkozy avait décidé de faire marche arrière pour des raisons de sécurité et en raison de la présence de journalistes.

A 17 heures, l’AFP avait été avertie. Finalement, fasse à la pression des associations, notament celles de Karim Zéribi, le Président du Parlement des banlieues, et des conséquences d’une reculade, Nicolas Sarkozy est finalement arrivé, visiblement tendu, à 18h30 dans le local des jeunes pour un débat mouvementé d’une heure devant les caméras de latelelibre.fr et de Dimanche+ ( le journaliste avait été averti par des sources locales). Les autres médias étaient à un kilomètre de là et ils ne sont jamais venus.

Nous vous proposons le récit complet de cet après-midi pas comme les autres dans la cité Beauval de Meaux. C’est une exclusivité de LaTeleLibre. Un reportage réalisé par Allan Rothschild, Ludovic Tourte, Bruno Martin et Julie Lalande.

QUELQUES INFOS SUR FRANCOIS DE LA BROSSE: Publicitaire formé au métier par Bernard Brochand et Alain de Pouzilhac, son grand-père a inventé le Carambar, son père était un industriel du Nord, son frère Thierry dirige un restaurant parisien très coté, « l'Ami Louis ». J'ai trouvé cette ITV réalisé par Marianne.fr: