J'ai reçu ce texte de Philippe. C'est un marin qui, entre deux boulot de skipper, habite un petit village des Cévennes et cultive un joli jardin pour sa famille.
Bonjour,
Il m’arrive assez souvent de parcourir le blog de John Paul, et j’ai parfois envie de m’y laisser aller d’un mot, mais je ne sais pas vraiment comment prendre le temps de rédiger mes réflexions de manière cohérente pressé par un petit forfait Wanadoo, il y a peut être une technique…et puis c’est mieux comme çà.
Il y a dans tout ce que je peux y lire le plaisir d’y rencontrer une certaine fraîcheur, un ton, une réflexion. Mais je suis aussi frappé de constater qu’à quelques exceptions près, la mécanique qu’on reproche à nos gouvernants et partenaires sociaux s’y retrouve à peu près, à savoir, réagir à des conséquences, à la passion du moment, sans vraiment se poser sur les causes du bordel ambiant. S’il y a de l’intelligence chez les blogeurs, je trouve qu’on reste à tourner autour du pot, et que tout continue comme d’habitude, tout est dénoncé avec justesse mais rien est attaqué en profondeur, comme l’égoïsme du moment, le morcellement des groupes sociaux, les abîmes entre les différents cercles constitués de notre société, le communautarisme qui dépasse largement ceux dont on entend parler dans les radios ou télés quand il m’arrive de la voir. Les manifestations du moment peuvent tromper et gommer cette impression et pourtant jamais je n’ai senti autant de barrières entre les différentes composantes du pays, qui pourrait t’on le croire se retrouverait uni dans les rues. A chacun son cri de ralliement et son motif de protester selon l’orthodoxie de sa chapelle, son cul, son ventre et sa simplification des problèmes et d’une vision de l’avenir, et les rues continuent d’être piétinées de pèlerins protestants, en Nike, et les frigos de rendre gorge les soirs de grands cris, à coup de coca de chez Carrefour, de surgelés de chez Lid dl, d’emplettes chez les mousquetaires des plus bas prix et des …plus bas salaires. Tout est dénoncé, tout est chahuté, l’échiquier s’ébroue sous les calculs des dirigeants du moment, une reine blanche se prépare habilement pour les « prochaines échéances », les prochaines grèves se dessinent aux veillées d’armes, et tout continue comme ci rien de ce qui arrivait ne pouvait empêcher le monde de tourner en ellipse, faisant pleuvoir toujours du même côté dans l’escarcelle des plus riches, l’aumône des plus démunis. Je pense que mon bulletin de vote ne suffit pas, il délègue trop, il se perd comme un jambon dans un sandwich ferroviaire, je dois voter aussi avec le peu d’argent dont je dispose, en sachant à qui je le donne quand j’achète, en sachant expliquer à mes enfants à qui je le refuse en dénonçant la farce de la sainte croissance, je dois essayer de me soustraire le plus possible à ceux qui nous obligent à courber la tête lorsque l’on pénètre dans leurs cathédrales de consommations, autant de gestes d’honneurs qui entraînent la bonne flexibilité de mon bras à l’endroit de ceux qui « fonçant » déclament que le monde n’attend pas. Qu’ils y aillent, on est un sacré paquet sur le bord du chemin à regarder ailleurs depuis que le prix des places est devenu inabordable et que la soupe servie est dégueulasse. La flexibilité, c’est la logique d’un monde égoïste qui se marche sur la gueule, c’est la cupidité qui se nourrit sur le dos de l’ignorance, c’est la vulgarité et le mépris laissé en héritage aux enfants. Comme disait Coluche « il faut faire payer les pauvres c’est les plus nombreux » c’est ainsi que cela se passe et avec leur assentiment. Je rêve d’une grève où tout le monde resterait chez lui, juste comme çà, en silence, juste pour se rendre compte combien tout le monde manque quand il n’est pas là, y compris celle qui n’a pas de chez lui.
A part çà, j’ai bien aimé le portrait de Nadhéra Beletreche dans le Monde de samedi 1er avril.
Je vous embrasse en espérant ne pas en avoir fait trop. »
Philippe.
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